
Zimbabwe, l'âme d'un continent
Des ruines de Grande Zimbabwe aux luttes pour l'indépendance, plongez au cœur d'un pays qui a façonné l'histoire de l'Afrique australe. Un voyage entre pierres millénaires, savanes et mémoire vivante.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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Grande Zimbabwe, la cité de pierres
Au cœur du Zimbabwe actuel s'élèvent les ruines de Grande Zimbabwe, une cité construite entre le XIe et le XVe siècle par le peuple Shona. Ses murs de granit atteignent jusqu'à 11 mètres de hauteur et furent édifiés sans mortier, uniquement par l'assemblage précis de pierres taillées. Au sommet de sa puissance, la cité abritait plus de 18 000 habitants et contrôlait les routes commerciales de l'or et de l'ivoire jusqu'aux côtes de l'océan Indien. C'est de cette cité que le pays tire son nom : "Zimbabwe" signifie en shona "maisons de pierre" ou "palais de pierre". Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1986, elle reste le plus grand ensemble de ruines en pierre subsaharienne après les pyramides d'Égypte.
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Les chutes Victoria, tonnerre du monde
À la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie, le fleuve Zambèze plonge dans un gouffre de 108 mètres de profondeur sur une largeur de 1 708 mètres : ce sont les chutes Victoria, les plus grandes chutes d'eau du monde par volume d'eau. Les peuples Tonga les appellent "Mosi-oa-Tunya", ce qui signifie "la fumée qui gronde", une image parfaite pour le nuage de vapeur visible à 50 kilomètres à la ronde. David Livingstone, l'explorateur écossais, les décrit pour la première fois à un public occidental en 1855 et les baptise en l'honneur de la reine Victoria. Durant la saison des pluies, 500 millions de litres d'eau par minute se déversent dans le gouffre. Le site est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1989, à la fois du côté zimbabwéen et zambien.
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La Rhodésie et le joug colonial
En 1890, une colonne de 200 policiers et 500 colons britanniques mandatés par Cecil Rhodes pénètre dans le territoire des Shonas et plante le drapeau de la British South Africa Company à l'emplacement de l'actuelle Harare. Cecil Rhodes, magnat des diamants et homme politique du Cap, rêvait d'un empire britannique s'étendant du Cap au Caire, traversant l'Afrique de bout en bout. Le territoire est baptisé "Rhodésie du Sud" et une minorité blanche s'empare des meilleures terres agricoles, reléguant les populations shona et ndébélé dans des réserves. En 1923, la Rhodésie du Sud devient une colonie autonome rattachée à la Couronne britannique, avec un gouvernement élu exclusivement par les colons blancs. Cette domination coloniale engendra des résistances dès le départ : les rébellions shona et ndébélé de 1896-1897 furent les premières d'une longue série de luttes pour la dignité et la terre.
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Robert Mugabe et l'indépendance
Le 18 avril 1980, après une longue guerre de libération appelée "Chimurenga", le Zimbabwe devient officiellement indépendant sous la direction de Robert Mugabe, premier ministre élu du nouveau pays. Mugabe, né en 1924, avait passé onze ans en prison pour ses activités politiques et était devenu le symbole de la résistance africaine face au régime raciste de Ian Smith. Les premières années de son règne furent saluées par la communauté internationale : il développa l'éducation, la santé, et prôna la réconciliation entre Blancs et Noirs. Mais à partir des années 2000, Mugabe engagea une violente réforme agraire, expulsant les fermiers blancs de leurs terres et déclenchant une crise économique catastrophique. L'hyperinflation atteignit des niveaux astronomiques : en novembre 2008, le taux d'inflation fut officiellement estimé à 89,7 sextillions de pour cent, rendant la monnaie zimbabwéenne totalement inutile.
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Le parc de Hwange, sanctuaire sauvage
À l'ouest du Zimbabwe, le parc national de Hwange s'étend sur 14 651 kilomètres carrés, faisant de lui l'une des plus grandes réserves naturelles d'Afrique. Le parc abrite la plus grande population d'éléphants du monde, estimée à plus de 45 000 individus, soit une densité si élevée qu'elle pose des défis écologiques complexes pour l'équilibre des écosystèmes. Hwange fut établi en 1929 sous l'administration coloniale britannique, sur des terres anciennement chassées par les rois Ndébélé. C'est dans ce parc qu'en 2015, le lion Cecil fut abattu par un chasseur américain, provoquant une indignation mondiale et relançant le débat sur la chasse trophée en Afrique. Le parc dépend en grande partie de points d'eau artificiels alimentés par des pompes solaires, car la région naturellement aride ne pourrait pas soutenir autant d'animaux sans cette aide humaine.
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L'art des Shonas, pierres qui parlent
Depuis les années 1950, le Zimbabwe est devenu l'un des centres mondiaux de la sculpture contemporaine grâce au mouvement dit de la "sculpture shona". Ces œuvres sont taillées dans des pierres semi-précieuses locales comme la springstone, la verdite ou la serpentine, des matériaux aux reflets profonds et aux teintes naturellement riches. Des sculpteurs comme Henry Munyaradzi ou Joram Mariga ont porté cet art jusqu'aux galeries de Londres, Paris et New York, où leurs œuvres atteignent des prix élevés aux enchères. Le mouvement prit son essor grâce au sculpteur anglais Frank McEwen, alors directeur de la galerie nationale de Rhodésie, qui encouragea des artistes locaux à exprimer leurs mythes et cosmogonies à travers la pierre. Cet art unique mêle spiritualité shona, représentation des ancêtres et des esprits "midzimu", et une esthétique contemporaine reconnue par les plus grands musées du monde.
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Le dollar zimbabwéen, légende de l'absurde
Entre 2007 et 2009, le Zimbabwe connut l'une des hyperinflations les plus sévères jamais enregistrées dans l'histoire humaine, surpassant même celle de l'Allemagne de Weimar en 1923. La Banque centrale du Zimbabwe émit des billets atteignant des valeurs nominales presque incompréhensibles : un billet de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens fut mis en circulation en janvier 2009. Ce billet suffisait à peine à acheter deux pains, tant la monnaie se dépréciait d'heure en heure. Le gouvernement procéda à plusieurs opérations de "rebasage", supprimant des zéros par dizaines pour tenter de rendre la monnaie utilisable : en tout, 25 zéros furent retirés en quelques années. Aujourd'hui, ces billets sont devenus des objets de collection prisés dans le monde entier, symboles à la fois d'une tragédie économique et de l'absurdité que peut atteindre un système monétaire hors de contrôle.
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