Stravinsky, l'homme qui secoua la musique
De Saint-Pétersbourg à Hollywood, partez sur les traces du compositeur le plus révolutionnaire du XXe siècle. Scandales, ballets mythiques et exils, un destin hors norme vous attend.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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Oranienbaum, l'enfance du prodige
Igor Stravinsky naît le 17 juin 1882 à Oranienbaum, une ville côtière près de Saint-Pétersbourg, dans une famille baignée de musique. Son père, Fiodor Stravinsky, est une basse célèbre de l'Opéra impérial de Saint-Pétersbourg, Igor grandit dans les coulisses du spectacle. Enfant curieux mais solitaire, il commence le piano à neuf ans et dévore la musique russe de son époque. Ses parents le destinent pourtant au droit, et il s'inscrit à l'université sans jamais vraiment y croire. C'est une rencontre providentielle avec le compositeur Nikolaï Rimski-Korsakov qui changera tout.
- 2
Paris, 1910 : L'Oiseau de feu
En 1909, le grand impresario Sergei Diaghilev repère le jeune Stravinsky et lui commande un ballet pour sa troupe des Ballets russes à Paris. Le résultat, L'Oiseau de feu, créé à l'Opéra de Paris le 25 juin 1910, est un triomphe immédiat. Le public parisien, habitué aux audaces, est néanmoins stupéfait par cette musique somptueuse qui mêle couleurs orchestrales russes et modernité frémissante. En une nuit, le jeune inconnu de vingt-sept ans devient une célébrité internationale. La collaboration avec Diaghilev, amitié, tensions, génie partagé, durera vingt ans et bouleversera l'histoire de la musique.
- 3
Le Sacre du printemps : le scandale
Le 29 mai 1913, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, est créé Le Sacre du printemps, ballet chorégraphié par Nijinski sur une musique de Stravinsky. Dès les premières mesures, le scandale éclate : le public siffle, crie, certains spectateurs en viennent aux mains. La musique est dissonante, les rythmes sont brutaux et asymétriques, la chorégraphie volontairement anti-gracieuse. Stravinsky lui-même quittera la salle, épouvanté par le vacarme. Pourtant, quelques années plus tard, la même œuvre sera acclamée dans les mêmes salles. Le Sacre du printemps est aujourd'hui considéré comme le point de départ de la musique moderne du XXe siècle.
- 4
Morges, l'exil suisse et la guerre
La Première Guerre mondiale prend Stravinsky par surprise alors qu'il séjourne en Suisse. Il s'installe à Morges, au bord du lac Léman, où il vivra de 1915 à 1920 dans une relative modestie, la guerre a coupé toutes ses sources de revenus russes. Cette période de contrainte matérielle devient paradoxalement l'une des plus inventives de sa carrière. Faute d'avoir accès à de grands orchestres, il compose pour de petites formations : L'Histoire du soldat (1918), pour sept musiciens seulement, est une petite merveille de dépouillement. C'est ici qu'il amorce son virage vers le néoclassicisme, abandonnant le grand spectacle orchestral pour une écriture plus sèche et ciselée.
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Paris-Nice, le néoclassicisme triomphant
Dans les années 1920-1930, Stravinsky s'installe en France et adopte un style radicalement nouveau : le néoclassicisme. Il revisite les formes du passé, Bach, Pergolèse, Tchaïkovski, avec une ironie affectueuse et une modernité décapante. Pulcinella (1920), le Concerto pour piano (1924), l'opéra-oratorio Œdipus Rex (1927), la Symphonie des psaumes (1930) : les chefs-d'œuvre s'enchaînent à un rythme vertigineux. Stravinsky dirige lui-même ses œuvres à travers toute l'Europe, devient une figure mondaine, fréquente Picasso, Cocteau, Coco Chanel. Cette période incarne sa conviction profonde : l'art ne progresse pas vers l'avant, il dialogue sans cesse avec le passé.
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Hollywood, l'exil américain
En 1939, fuyant la Seconde Guerre mondiale et frappé par la mort de sa femme et de sa fille, Stravinsky s'exile aux États-Unis. Il s'installe à Hollywood, où il retrouve une communauté d'artistes européens réfugiés : Thomas Mann, Bertolt Brecht, Arnold Schoenberg vivent à quelques kilomètres de lui. La rencontre avec la cheffe d'orchestre et compositrice Vera de Bosset, qui deviendra sa seconde épouse, lui redonne goût à la vie. Il obtient la nationalité américaine en 1945. Mais Hollywood lui réserve une désillusion : Walt Disney utilise Le Sacre du printemps dans Fantasia (1940) sans vraiment lui demander son avis, et Stravinsky dira avoir détesté le résultat.
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Venise, le dernier voyage
À la fin de sa vie, Stravinsky opère un dernier virage stupéfiant : il adopte le sérialisme, la technique des douze sons théorisée par son ancien rival Arnold Schoenberg. L'homme qui avait combattu toute sa vie l'atonalité se met à en écrire. Le Requiem Canticles (1966), composé à l'âge de 84 ans, est son testament musical, une œuvre austère, dépouillée, d'une beauté spectrale. Stravinsky meurt le 6 avril 1971 à New York, à 88 ans. Conformément à sa volonté, il est enterré à Venise, au cimetière de San Michele, non loin de la tombe de son ami et mentor Sergei Diaghilev. Deux géants de la musique, réunis pour l'éternité sur une île des morts.
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