
Montevideo, l'autre rive du monde
Entre le Río de la Plata et l'Atlantique, Montevideo cache des siècles d'histoires mêlées. Partez à la découverte d'une capitale qui a forgé son âme entre conquêtes, tango et démocratie.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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La fondation de la ville fortifiée
Montevideo est fondée officiellement en 1724 par Bruno Mauricio de Zabala, gouverneur espagnol de Buenos Aires, pour contrer l'expansion portugaise dans la région. La ville s'installe sur une presqu'île naturelle facile à défendre, entourée par le Río de la Plata. Une citadelle et des remparts sont construits, donnant à la cité ses premières formes urbaines : un damier de rues droites protégé par des bastions. Les premiers habitants viennent des Canaries, des Açores et d'Espagne continentale, mêlant déjà des cultures très différentes. Cette origine coloniale multiple explique en partie la diversité culturelle qui caractérise encore Montevideo aujourd'hui.
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La Ciudad Vieja et ses remparts
Le quartier historique de Montevideo, la Ciudad Vieja, occupe l'extrémité de la presqu'île sur laquelle la ville fut bâtie. Ses rues coloniales, ses façades aux couleurs passées et ses patios cachés témoignent de l'architecture des XVIIIe et XIXe siècles. La porte de la Ciudadela, restaurée sur la Plaza Independencia, est l'un des rares vestiges des anciennes murailles que la ville moderne a démolies au XIXe siècle pour s'étendre. On y trouve aussi le Teatro Solís, inauguré en 1856 et l'une des salles d'opéra les plus importantes d'Amérique du Sud. La Ciudad Vieja est aujourd'hui classée au patrimoine historique uruguayen, un lieu où le temps s'est partiellement suspendu.
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José Batlle y Ordóñez et l'État social
Au début du XXe siècle, l'Uruguay devient une expérience sociale unique au monde grâce au président José Batlle y Ordóñez, qui gouverne de 1903 à 1907 puis de 1911 à 1915. Il instaure la journée de travail de huit heures, les retraites publiques, la séparation de l'Église et de l'État, le divorce et l'enseignement laïque et gratuit. L'Uruguay abolit également la peine de mort dès 1907, devenant l'un des premiers pays au monde à le faire. Ces réformes radicales font de Montevideo la vitrine d'un État-providence latino-américain avant même que le terme n'existe en Europe. On a parfois surnommé l'Uruguay de cette époque « la Suisse de l'Amérique du Sud », en référence à sa stabilité politique et à son modèle social avancé.
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Le candombe et l'héritage africain
Le candombe est une musique et une danse née à Montevideo au XIXe siècle, portée par les esclaves africains et leurs descendants amenés dans la région du Río de la Plata. Il se joue avec trois types de tambours appelés chico, piano et repique, qui produisent un rythme complexe et envoûtant. Chaque année lors du carnaval de Montevideo, des llamadas (appels de tambours) envahissent les rues du quartier du Palermo et de Sur, avec des cortèges colorés qui peuvent durer des heures. Le carnaval de Montevideo est d'ailleurs le plus long du monde, s'étalant sur environ 40 jours. En 2009, l'UNESCO a inscrit le candombe sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
- 5
La rambla, promenade sans fin
La rambla de Montevideo est l'une des promenades côtières les plus longues du monde, s'étirant sur environ 22 kilomètres le long du Río de la Plata. Elle relie le port de la Ciudad Vieja aux quartiers résidentiels de Pocitos et Carrasco, traversant la ville d'est en ouest le long de l'eau. Les Montevidéens s'y retrouvent à toute heure pour courir, pêcher, boire du maté ou simplement contempler l'horizon : le fleuve est si large à cet endroit qu'il ressemble à une mer intérieure. Le maté, boisson à base de feuilles de yerba mate préparée dans une calebasse, est omniprésent sur la rambla et symbolise la sociabilité uruguayenne. Avec une consommation estimée à 10 kilos de yerba par habitant et par an, l'Uruguay est le premier consommateur mondial de maté par tête.
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Le coup d'État et le retour à la démocratie
En juin 1973, l'Uruguay connaît l'un des épisodes les plus sombres de son histoire lorsqu'un coup d'État militaire renverse le gouvernement civil et instaure une dictature qui durera jusqu'en 1985. Montevideo, capitale d'un pays qui se targuait d'être le plus démocratique d'Amérique latine, devient le centre d'une répression intense. Rapporté à sa population, l'Uruguay est alors le pays ayant le plus grand nombre de prisonniers politiques per capita du monde, selon Amnesty International. En 1980, les militaires organisent un référendum pour légitimer leur pouvoir : contre toute attente, la population vote NON à 57 %, amorçant un long processus de retour à la démocratie. Le premier président civil, Julio María Sanguinetti, est élu en 1984 et prend ses fonctions en mars 1985, marquant la fin officielle de la dictature.
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Pepe Mujica, le président inattendu
José Mujica, dit « Pepe », est l'un des présidents les plus atypiques de l'histoire moderne : ancien guérillero tupamaro emprisonné pendant 14 ans sous la dictature, il devient président de l'Uruguay de 2010 à 2015. Durant son mandat depuis Montevideo, il légalise le cannabis, le mariage homosexuel et l'avortement, faisant de l'Uruguay un laboratoire de politiques progressistes. Il reverse environ 90 % de son salaire présidentiel à des associations et continue de vivre dans sa ferme modeste à la périphérie de Montevideo, refusant de s'installer dans le palais présidentiel. Mujica est devenu une figure mondiale admirée pour sa philosophie : « Les pauvres, ce sont ceux qui ont besoin de beaucoup pour vivre. » Son parcours de la prison à la présidence, en passant par la clandestinité, incarne à lui seul les contradictions et la résilience de l'histoire uruguayenne du XXe siècle.
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